NOTES d'Alfred BENOIST : le 10 juin 1944

10 JUIN

A deux heures du matin grand branle-bas, les insignes de la croix-rouge sont enlevés, les officiers lancent des ordres, les autres ronflent. C'est un départ précipité.

Des groupes de soldats, le fusil à l'épaule errent dans le Bourg. Ils entrent dans les maisons abandonnées, défonçant les fenêtres. L'un d'eux affirme que les Américains sont rejetés à la mer et que c'est comme à Dieppe un échec total de la tentative alliée [En fait, les troupes américaines sont déjà à Cerisy-la-Forêt]. Brusquement le canon tonne vers le Nord et des mortiers entrent en action, il est 10 heures du matin.

Des troupes de renfort allemandes arrivent au village de Secqueville venant du Calvados : c'est le train des équipages. Il comprend des camions, des voitures hippomobiles chargées de ravitaillement et deux roulantes. Ces troupes stationnent et partent vers Baudre. A huit heures et demie le soir de ce 10 juin le Bourg est plein d'Allemands en armes. Des pièces d'artillerie s'installent derrière l'école dans un grand champ labouré. Des observateurs allemands sont dans le clocher. A 11 heures du soir les premiers obus américains tombent sur le Bourg, les pièces mobiles allemandes ripostent.

La riposte de l'artillerie américaine est très violente : dégâts très importants dans le village, l'église est touchée, six des quatorze maisons sont éventrées, une septième brûle. Les pièces d'artillerie allemande s'éloignent vers le Sud. Seuls deux vieillards propriétaires dans le Bourg et leur servante demeurent sur place refusant de partir. (Monsieur et Madame LEGOUPIL [Monsieur LEGOUPIL sera tué le 27 juin]). Nous-mêmes abandonnons le Bourg pour une ferme située à 800 mètres au Nord dite "ferme des Monts".

Les jours suivants c'est une activité incessante de l'aviation américaine qui patrouille sur toutes les routes, mitraillant indifféremment des groupes ou des isolés, les véhicules de toutes sortes. Activité permanente de l'artillerie dont une partie est à cette époque sur Lison et ses environs. Nous apprîmes par la suite qu'à cette époque les troupes américaines ayant rapidement progressé s'étaient immobilisées sur Sainte-Marguerite-d'Elle, lieu dit la boucle d'Elle. Les Allemands les plus avancés étaient au pont de la Pierre sur la dite commune à 5 kilomètres de Villiers-Fossard au maximum (vers le Nord-Est).

Les Allemands terrés sont invisibles. Sans arrêt les avions américains patrouillent au-dessus des routes allant de Villiers-Fossard à Saint-Lô et au-dessus de tous nos petits chemins.


dernière modification : 13 juillet 2002

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