NOTES d'Alfred BENOIST : Vie de la population

La population et de nombreux réfugiés (notamment de Saint-Lô) sont groupés en un certain nombre de gros foyers : Moulin, ferme des Monts et ferme du Bourg (le moulin abrité dans une profonde vallée compte depuis le 10 juin une centaine de personnes, quarante à la ferme des Monts, soixante à la ferme du Bourg, ferme de la Raulerie, une soixantaine environ) [En 1937, la population villarienne était de 460 habitants et en 1946 de 455 personnes] .

La Guilberderie (une trentaine environ). Les habitants du Nord et du Sud sont demeurés dans leurs fermes naturellement mieux abritées ou moins atteintes que la partie centrale de la commune.
Le Maire de la commune, M. PELLE, qui depuis le 11 juin avait quitté sa ferme de l'
Abbaye et était à la ferme des Monts, organise le ravitaillement. Les grosses fermes de la commune fournirent à tour de rôle farine et pain. Ce furent successivement les fermiers de la Ponterie, de la Houssaye, de la Raulerie, du Haut-Cantel. Le pain était réparti par le maire lui-même à raison de 150 grammes par jour et par personne. Mais rapidement, les moyens de transport devenant de plus en plus précaires, la ration fut ramenée à 100 grammes. La viande provenait des bestiaux blessés qui étaient immédiatement débités. De plus chacun puisait dans sa petite réserve personnelle. Les ressources des jardins abandonnés étaient utilisées par les réfugiés.

A partir du 20 juin aucune communication ne fut plus possible entre les différents groupements et chacun vécut par ses propres moyens. Les fermes ayant des réfugiés nourrirent ceux-ci avec des bouillies de farine ou avec des pommes de terre. A ce moment les réserves de vieilles pommes de terre mises dans les greniers pour la nourriture des porcs furent précieuses.

A la ferme de la Raulerie la réserve de farine étant épuisée on écrasait le blé dans un moulin à café. Seul le lait et le beurre ne manquèrent heureusement pas malgré les nombreuses pertes de bestiaux. Les Allemands à ce moment étaient eux-mêmes dépourvus de tout et ne recevaient plus aucun ravitaillement. Ils arrivaient au moment des repas et s'emparaient de ce que nous avions préparé. Afin de les tromper nous cachions nos provisions et avions changé l'heure de nos repas. Mais ils fouillaient, bousculant ceux qui voulaient les arrêter, trouvaient parfois des réserves d'oeufs ou d'autres denrées et faisaient leur cuisine à notre propre feu. Chaque jour régulièrement ils apparaissaient à l'heure de la traite des vaches et buvaient du lait. Nous demeurons persuadés que c'est là la raison pour laquelle ils ne nous chassèrent pas. A ce moment ils étaient répandus dans les arbres dans l'herbe haute des prés. Complètement démunis ils transportaient leurs munitions à dos d'âne et leurs blessés sur des brouettes ou des brancards improvisés (portes de maisons etc.).

Mais la résistance allemande s'organise. Nous déplorons l'arrêt momentané des Américains.

 


dernière modification : 3 novembre 2001

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