LES INVENTAIRES

Le XXe siècle a débuté dans l'anticléricalisme. Une des plus odieuses manœuvres de celui-ci fut les inventaires. Levoy, percepteur à Saint-Clair, vint pour les faire à Villiers-Fossard le 15 mars 1906 à 9 heures du matin. Il se présenta devant l'église fermée assisté de deux cantonniers. M. l'abbé Boitard le reçut à la petite porte. De la protestation pastorale relevons seulement la conclusion un peu railleuse : " Vous reviendrez, Monsieur, et pour que, ici comme ailleurs, le ridicule ne manque pas à côté de l'injustice, conseillez bien à vos maîtres d'envoyer en cette paroisse, non seulement quelques gendarmes, ce ne serait rien pour Villiers, mais au moins un régiment tout entier...

Toutefois, que vous soyez seul à votre prochaine visite ou entouré de soldats, si vous voulez forcer la maison de Dieu, n'apportez pas seulement une pince-monseigneur ou un trousseau de fausses clefs, cela ne vous suffirait pas ; c'est une hache qu'il vous faudra et ses coups lugubres et fortement portés graveront plus profondément au fond de nos cœurs, soyez-en certain, notre amour et notre estime pour les hommes qui ordonnent de pareils forfaits.

Il faut que, sur cette porte, soient gravées les stigmates de la honteuse besogne que le gouvernement impose à ses agents ".

" Quand il eut terminé, le curé demanda aux membres du conseil de fabrique qui l'assistaient et aux personnes présentes dans l'église s'ils consentaient à ce que l'inventaire fût fait. Tous répondirent : Non, non, nous ne consentirons pas à ce que l'on entre ".

Levoy s'en retourna à Saint-Lô. Mais il revint le lendemain matin à sept heures, ne trouva pas d'opposants et dressa uniquement l'inventaire du mobilier de l'église et du vestiaire liturgique. Les titres de rente n'étaient plus à la sacristie.

Le registre des délibérations du Conseil municipal porte, de son côté, pour 1907, deux décisions consécutives à la séparation de l'Eglise et de l'Etat et complète ainsi, à l'honneur des Villariens, celui des délibérations du Conseil de fabrique où nous avons puisé le récit des inventaires : Acte fut dressé à la mairie " portant attribution de la jouissance de l'église " au curé selon la formule proposée par Mgr Guérard, évêque de Coutances par 6 voix sur 9 ; et le presbytère fut loué à M. Boitard pour 10 fr. par an, les impôts et les assurances. Le Préfet ne ratifia pas ce second et imposa un loyer de 40 fr., augmenté des impôts, assurances et réparations locatives.


dernière modification : 3 novembre 2001

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