LA PAROISSE CONCORDATAIRE

Succédant à M. Heuzé canoniquement institué, M. Aubril n'eut pas à réitérer les mariages bénits par celui-ci après son serment schismatique. Tout uniment il prit la succession.

Peut-être connut-il longtemps, au point de vue spirituel, les plus heureuses années du siècle. Le laissent supposer, entre autres, de nombreux actes d'inhumation assez explicites : tel manœuvre, de 27 ans, par exemple, mort accidentellement, " fréquentait les sacrements pendant son existence et était assidu à l'office divin " ; tel vieillard ne cessa de " donner à ses enfants pendant sa vie les leçons et l'exemple des vertus chrétiennes. "

Fonde la même opinion l'évolution religieuse consignée par M. Lebarbey dans une conférence ecclésiastique de 1866. " En 1830, écrit-il, la religion perdit beaucoup dans l'esprit de la population... par les calomnies affreuses qu'on se plaisait à répandre continuellement sur le clergé accusé, parmi d'autres choses, de redemander les dîmes. Puis vinrent les réunions très fréquentes de la garde nationale qui toujours avaient lieu pendant la grand'messe : la plupart de ceux qui en faisaient partie s'accoutumèrent à n'y plus assister que très rarement ". En 1837, encore, " le clergé fut, pendant un certain temps, bafoué, tourné en dérision et voué au plus souverain mépris " par la façon dont certains mauvais esprits, " abusant de la crédulité des simples " interprétèrent le tarif octroyé au diocèse par Mgr Robiou. " Beaucoup se ralentirent dans la pratique des devoirs du christianisme, fréquentèrent moins souvent les saints offices et abandonnèrent les sacrements. " Effrayés des humiliations qui les attendaient, plusieurs élèves ecclésiastiques abandonnèrent même leurs études. En 1847, une mission d'un mois, prêchée par le chanoine Lelong, missionnaire diocésain, " ne produisit pas tous les fruits que le curé, M. Lepoil, en attendait. " La confrérie du Saint Scapulaire, érigée le 25 mai 1842, d'abord bien accueillie, ne tarda pas aussi, " à cause d'un malheureux respect humain ", à péricliter.

Néanmoins, des années meilleures suivirent, puisque M. Lebarbey notait pour la période allant de 1853 à 1862 : " La solennité de l'Adoration perpétuelle a été célébrée deux fois. La première fut moins suivie que la seconde et les communions un peu moins nombreuses. A l'occasion du dernier Jubilé, une retraite de quinze jours, faite par M. le chanoine Touzé, a produit des fruits qui surpassèrent de beaucoup mes espérances. " Voici encore ce qu'il répondait, par ailleurs, au questionnaire qui lui était adressé à l'occasion des visites décanales de 1857-60 : " Population : 663 habitants - offices : fréquentés passablement - Pascalisants, hommes : 92 ; femmes : 234 - sacrements : aux principales fêtes ".

Malgré cela il y eut bien encore quelques poussées de mauvais esprit. En mai 1854, M. Lebarbey se plaignait, en effet, à l'Evêché, que " quelques personnes malintentionnées " voulaient " amener dans l'église " ce " mauvais usage " qu'hommes et femmes occupent les mêmes bancs. En janvier 1856, il l'informait que " l'ouverture d'un chemin mettait à découvert le jardin potager et le fruitier du presbytère et que la commune ne semblait pas bien disposée à clore. " " Je souffre déjà assez, ajoutait-il, d'être aussi mal et aussi pitoyablement logé que je le suis sans que l'on vienne encore par de nouveaux dégâts ajouter de nouveaux désagréments à ma position. " Et quand Mgr Daniel, vers la même époque, dota le diocèse du paroissien romain, ce fut une révolte à Villiers. " Plusieurs chantres, attachés au chant ancien, firent grève quelques dimanches ; d'autres, plus fortes têtes, cessèrent l'assistance aux offices " (40).

M. Fétille, à son tour, connut joies et peines. Au début de son pastorat " un très brave homme " de maire gouvernait la commune ; " l'esprit était très bon " ; les offices étaient bien suivis ; un lutrin renommé, recruté " parmi une bonne douzaine d'hommes sachant la note " et fiers de chanter à l'église, " un piston, un ophicléide et un trombone à coulisse, rivalisant d'éclat avec les timbres accentués des chantres ", leur donnaient toute la vie désirable (41).

Mais, avec les années, l'influence de la maçonnerie déchristianisant la France par tous les moyens, se fit sentir comme partout ailleurs.

Si, au spirituel, les curés concordataires ne virent pas sans cesse leurs efforts récompensés, ils trouvèrent toujours, pour l'entretien de l'église et de la sacristie, près d'une fabrique active et d'une population généreuse, de précieux concours. Plus de vingt dates saillantes seraient à retenir parmi les éphémérides du siècle, qui marquent l'achat et la bénédiction des principales pièces du mobilier et du vestiaire liturgiques.

Les ressources nécessaires pour cela furent trouvées en des dons, des quêtes à l'église et à domicile, le revenu des fondations et de l'herbe du cimetière (42) et surtout la régie des bancs. Comme l'on s'ingénia à rendre celle-ci avantageuse ! Pendant très longtemps, il furent loués à un seul adjudicataire. Il perçut d'abord " un liard par personne à chaque office ", les fêtes de Pâques, de la Saint-Pierre et de la Toussaint exceptées parce qu'on y quêtait pour les pauvres ou les trépassés. En 1841, la taxe fut portée à " deux liards ou trois centimes par office aux six grandes fêtes de l'année ". En 1858, ce fut à " deux centimes par personne aux deux messes dominicales et à tous les offices les jours de fêtes solennelles réservées par l'Eglise. " Etaient exemptés, rappelait-on alors, " le clergé, les mendiants et les enfants jusqu'à la première communion " ; mais devaient payer, avait-on précisé antérieurement, ceux qui " occupaient les marchepieds des bancs, du confessionnal, de la chaire et des autels ".

Avec ces règlements successifs la fabrique reçut une centaine de francs jusqu'en 1834, deux cents à deux-cent-cinquante ensuite jusqu'en 1858, puis environ 350.

Après 1870, s'introduisit peu à peu la pratique de louer chaque banc aux enchères. A la fin du siècle le revenu dépassa ainsi 500 fr.

La fabrique n'employa pas seulement ses ressources à conserver et meubler église et sacristie, elle assura, de plus, l'entretien du cimetière et du presbytère en collaboration avec la municipalité et le maintien de diverses coutumes paroissiales. Rien en cela de remarquable. Retenons, toutefois qu'en 1843 on abattit les pommiers qui encombraient le cimetière et qu'on réglementa le son de l'Angelus la même année et en 1851 : on sonna d'abord régulièrement à 5 heures du matin et 7 heures du soir, puis trois fois par jour " avec la grosse cloche les jours ordinaires et avec les trois cloches la veille des dimanches et fêtes et même aussi le midi la veille des grandes solennités ".

Les fondations à faire reconnaître, à réaliser en rentes sur l'Etat ou à recevoir exercèrent encore, enfin, la sagacité des curés et des fabriciens successifs. Après la Révolution, M. Aubril, " à force de sollicitations " et en payant lui-même les frais que cela entraînait, parvint à faire admettre par ceux qui les devaient celles de l'Ancien Régime " prescrites faute de renouvellement des titres primitifs ". En 1883, 1834 et 1836, puis en 1850 et 1857, la plupart furent amorties : ceux sur qui elles pesaient en donnèrent le capital qu'on plaça sur l'Etat. Toutes, d'ailleurs, étaient minimes ; toutes étaient en argent, deux exceptées : l'une d' " un mettant de froment " et l'autre de " deux rasières d'avoine, mesure de Saint-Lô ".
Au cours du siècle, une dizaine de paroissiens s'assurèrent des prières après leur mort par des fondations de messes plus ou moins importantes. Ce furent, en 1846, Mlle Antoinette Le Jolis de Villiers ; en 1857, Mme Jacques Lenoir, née Anne-Michelle Tanqueray ; en 1865, Charles Boivin ; en 1866, Mme François Youf, née Anne Lenoir ; en 1875, Mlle Joséphine Hue de la Rocque ; en 1876, Mme Jean Béhot, née Madeleine Cavelande ; en 1880, M. et Mme Victor Youf ; et, en 1881, M. et Mme Pierre Raoult
(43).


dernière modification : 3 novembre 2001

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