EN FEUILLETANT LES REGISTRES DE CATHOLICITÉ (20)

Avant, comme après la Révolution, Villiers-Fossard eut curé et vicaire d'humble origine mais de zèle éclairé. L'abbé de Savigny, patron de la paroisse, les présentait à la nomination de l'Evêque de Bayeux, logeait (21) et payait.

En plus des dates de leur entrée en charge et de leur sortie, nous n'avons que de minimes détails sur plusieurs d'entre eux. Parmi les curés, Michel Blaize, à la fin du XVIIe siècle, maria à Villiers sa nièce, Christine Barassin et l'un de ses neveux, Jacques Blaize. Deux autres, parmi ces derniers, furent prêtres : Michel Blaize, que nous trouvons tour à tour diacre en 1677, prêtre l'année suivante, puis curé de Saint-Clair en 1683 et Louis Barrassin, qui fut son vicaire et successeur. Guillaume Le Roy, au début du siècle suivant, démissionnaire en 1731, mourut à 75 ans, le 21 mai 1733 ; il fut inhumé par le curé d'Airel, doyen de Couvains, dans le cimetière, selon la demande qu'il en avait fait de son vivant, au lieu de l'être dans l'église, comme le voulait la tradition. Gilles Gogeard fut choisi pour son successeur, après douze ans de vicariat à Saint-Saturnin d'Avranches, par Mgr J.-B. Massillon, évêque de Clermont et abbé de Savigny, l'un des plus célèbres prédicateurs de l'Ancien Régime ; mais il ne resta que deux ans. Pierre Cosnard, ensuite, né à N.-D. de Brouains, au diocèse d'Avranches, décéda le 7 janvier 1767, à 66 ans, après un long pastorat de 33 années et fut enterré dans le chœur. François Gondouin lui succéda. Originaire de La Chapelle Haute-Brue, au diocèse de Lisieux, il se démit de ses fonctions en 1779 et trépassa l'année suivante, le samedi 9 septembre, âgé de 60 ans ; le lendemain, le curé de Moon, doyen de Couvains, présida ses obsèques devant " un grand concours de peuple " ; mais, durant sa courte année de retraite, il connut ses deux successeurs immédiats, le premier, Thomas Leclerc, étant mort prématurément à 41 ans, le 17 février 1780, près de sept mois avant lui.

Parmi les vicaires, trois décédèrent comme tels et furent enterrés dans l'église : Jean Nicolle, en 1644, après cinquante ans de vicariat ; Pierre Letouzé, en 1744, à 37 ans, et Jean James, en 1768, à 42.

Jusque vers 1773, non seulement les prêtres reposèrent dans le lieu saint, mais encore les nobles et les notables de la paroisse. Nous avons relevé une quarantaine de noms pour les cinquante dernières années d'existence de ce privilège.

Vieillissait-on davantage jadis qu'aujourd'hui ? Certes, les cas de longévité étaient nombreux ; mais il n'est fait mention que de trois centenaires en 1687, 1776 et 1800, morts respectivement à 102, 100 et 105 ans ; la mortalité infantile, par suite du manque d'hygiène, était élevée ; et, périodiquement, des épidémies décimaient la population : il y eut 35 décès de juin 1627 à mai 1628 ; 82, du 1er août 1635 au 18 janvier 1636 (22) ; 32, de septembre 1743 à avril 1744.

Par contre, la natalité était plus forte que maintenant. Parfois, il est vrai, venaient au monde des petits qui n'étaient point désirés. Du moins respectait-on alors la vie en son principe et acceptait-on les conséquences du péché, ce qui était déjà le réparer. Jusqu'en 1734, le père fut toujours nommé dans l'acte de catholicité ; après, on l'ignora. Nous avons compté 32 enfants naturels de 1719 à 1792. Inouïs en ce temps de foi, les infanticides : un seul est signalé en 1775 : les gens du Roi trouvèrent dans la mare Davy, le long du chemin des Chenneviers, " le cadavre d'un nouveau-né dont les parents étaient inconnus " ; on l'inhuma " dans un coin du cimetière destiné à la sépulture des enfants morts sans baptême ".

Parrains et marraines choisissaient d'ordinaire, à cette époque, avec plus de religion que de vanité les prénoms de leurs filleuls. En 1776, cependant, une dame Courtier de la Gervaisière (a), épouse de M. Lefrançois, apothicaire à Saint-Lô, donna à une petite fille celui de Hause. L'enfant, ni ses parents, ne s'en enorgueillirent puisque, plus tard, le 2 pluviôse an XII, ils obtinrent du tribunal civil de Saint-Lô que celui de Rose lui fût substitué.

S'ils nous apprennent encore avec exactitude qu'il y eut quelques nobles à Villiers hors les le Jolis, les actes gardent le silence sur les professions qu'on y exerçait. Sans doute travaillait-on d'abord la terre, mais, d'après les seuls registres de 1760 à 1777, il y avait encore divers artisans au service des " laboureurs " : maréchal, charpentier, toilier, fileuse, couturière, marchand, cabaretier, et d'autres encore qui ne sont point signalés, mais qui étaient nécessaires à une population vivant repliée sur elle-même.
Malgré cela et les difficultés de la circulation, on voyageait et on s'expatriait bien quelquefois : en 1768, un prêtre du diocèse d'Avranches et, en 1778, un autre de celui de Chartres séjournèrent plusieurs semaines au presbytère ; en 1790, fit souche en la commune un certain Kitzler, " marchand allemand de la province de Foulde " ; et le 6 mai 1791 fut inhumé Jean Durée, " tireur de pierres, originaire du Bourbonnais, près de Moulins, d'après le témoignage d'André Buton, du Poitou ".

Prêtres et nobles ruraux vécurent en bonne harmonie entre eux et avec la population, croyons-nous. Les uns et les autres acceptaient facilement le parrainage hors de leur classe. Ainsi dans le siècle qui précéda la Révolution, curés ou vicaires paraissent 11 fois comme parrains cependant que les le Jolis figurent 28 fois dans les actes de baptême et d'autres nobles 8 fois au titre de parrain ou marraine ; à plusieurs reprises des nobles assistèrent au mariage de roturiers.

Le noblesse n'était d'ailleurs point un ordre fermé. L'anoblissement s'achetait ou se méritait. Ainsi en avait-il été pour les Rogier, les du Bouillon et les le Jolis. Et les nobles ne dédaignaient pas de s'allier hors de leur classe. Nous avons vu, en 1630, Anne de Creully épouser G. du Manoir, tabellion ; dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Antoine Pohier avait comme épouse Marie le Jolis de Villiers et Bonaventure Jourdan, Luce du Fayel.

Les actes de catholicité signalent enfin quelques faits intéressant la vie paroissiale. Ce furent en 1725, 1727, 1731, 1732, 1735, les visites de Néel, puis de Cussy, Archidiacres des Veys, qui durent insister chaque fois pour que le curé fit parapher ses registres. Ce fut, en 1729, la bénédiction de la petite cloche par le curé Guillaume Le Roy. Ce fut, en 1735, la pose d'un tronc destiné à " renfermer les charités du peuple pour l'entretien et ornement de l'église " et dont la clef fut confiée à Vincent Poignant, trésorier de la fabrique, " aux charges de la représenter, quand besoin serait, et de la remettre, l'année suivante, aux mains du trésorier en charge. " Ce fut, la même année, la vente pour 10 livres 5 sols des pommes produites par les pommiers du cimetière. Menus événements, mais que nous nous devons de rappeler, tellement est pauvre notre documentation.


dernière modification : 30 août 2005

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