LA RÉVOLUTION

Au lieu de réformer sagement les institutions de l'Ancien Régime, la Révolution de 1789 les ruina et en établit de nouvelles. Au point de vue religieux, elle voulut entraîner l'Eglise de France dans le schisme par l'application de la Constitution Civile du Clergé votée en 1790, puis la supprimer tout à fait en 1793 par la Terreur. Quelles furent les conséquences de ces mesures à Villiers ?

Y était alors curé depuis 1783 Me Mathurin Heuzé (23) et vicaire depuis l'année suivante Me Etienne Rihouey. Celui-là avait 47 ans en 1789 et celui-ci 31. Ils furent sans doute de ces prêtres qui vinrent, dans l'été de 1790, conférer au presbytère de Couvains, centre du Doyenné, " souvent, longuement et véhémentement " sur la conduite à tenir à l'égard du triste serment que la loi leur demandait. Tout porte à croire qu'ils n'hésitèrent pas trop à le prêter (24) ou que, du moins, ils s'en félicitèrent, puisque l'un mourut en 1805 entêté dans ses opinions et que l'autre, après avoir passé à la cure d'Airel de mai 1792 à octobre 1794, prit à Saint-Lô une charge d'avoué qu'il exerça jusqu'à sa mort.

Au moment où ils se séparèrent de la hiérarchie catholique, ils restèrent en fonctions et le culte continua à l'église comme par le passé. Peut-être trouva-t-on même que la Révolution, qui dépossédait des monastères et un haut clergé trop riches, avait du bon.

En mai 1791, l'abbé Jacques-Paul Leblond, originaire de la paroisse, âgé de 34 ans et jureur lui aussi, remplaça M. Rihouey. Mais, dès septembre, il fut transféré à la cure du Perron dont les habitants le chassèrent au bout de quelques mois.

Ensuite, n'occupèrent encore le vicariat qu'en passant M. Ozouf, puis d'avril 1792 à brumaire an II, M. Louis Desfaudais (25), de Saint-Lô, ordonné par l'évêque intrus de la Manche, Bécherel (26).

Les événements, d'ailleurs, se précipitaient. En août 1792, les prêtres réfractaires étaient frappés de bannissement. Quelques mois plus tard le culte catholique devenait interdit et remplacé par celui de la déesse Raison.

Il y eut à Villiers, devenu Villiers le Rocher, bon nombre de haineux, de sots ou de timides à assister chaque décadi, tête couverte, aux assemblées et aux fêtes qui se tinrent dans l'église profanée. A l'une d'entre elles, trois ou quatre " enragés " proposèrent d'enlever et de briser les statues qui s'y trouvaient encore. Mais " un honnête fermier de la paroisse, nommé Marion, leur fit de sages représentations " et réussit à obtenir qu'elles ne soient que reléguées à la sacristie. Par contre la croix de granit du cimetière et un calvaire qui existait au centre de la paroisse furent renversés et brisés. Echappa aussi cependant à la fureur des vandales le Christ du calvaire, placé maintenant à l'entrée du chœur de l'église.

Le presbytère, de son côté, qui aurait dû être vendu comme bien national, passa à la commune qui le réclama pour servir d'école (27).

Le curé, que son serment protégeait, se retira ailleurs parmi ses ouailles comme " laboureur ". Vint aussi faire valoir sa propriété de famille l'abbé Leblond.

Les enterrements et mariages civils se succédèrent alors, selon un cérémonial vraisemblablement des plus simples puisque l'acte qui consigne le premier de ceux-ci signale que l'officier public dit seulement à Henry Blaize, meunier, et à Françoise Bazin, qui se présentèrent devant lui le 27 novembre 1792 : " Au nom de la loi, vous êtes unis en mariage ".

En cachette, toutefois, furent encore célébrées suffisamment de baptêmes et de mariages religieux pour que M. Heuzé, reprenant plus tard le ministère au grand jour avec son ancien vicaire, M. Leblond, écrivit en tête des registres de catholicité qu'il ouvrit le " 20 octobre, an de Jésus-Christ 1799 " : " Tous les enfants qui sont nés avant cette époque, c'est-à-dire pendant la persécution de l'Eglise, ont tous reçu le saint baptême, quoiqu'il n'en existe point de notes ; presque tous les mariages ont été bénits " (28). A partir de ce moment, le culte reprit à l'église.

En même temps qu'on fut dérouté et terrifié sous la Terreur par la persécution religieuse, on redouta fort des malfaiteurs qui prirent le nom de chouans pour se livrer au brigandage dans le pays. Antoine Kitzler, bouilleur d'eau-de-vie à Villiers, mena une bande composée de deux journaliers et de deux domestiques de Saint-Ebremond-de-Bonfossé. En l'an IV (1796), puis en l'an IX (1801), ils commirent à Sainte-Croix de Saint-Lô et à Saint-Ebremond des vols accompagnés " d'un certain nombre de circonstances aggravantes ". Par un jugement du Tribunal criminel ordinaire de la Manche établi à Coutances, quatre d'entre eux, dont Kitzler, furent condamnés à mort le 23 pluviôse an IX, en vertu de la loi du 26 floréal an V, et décapités le 21 germinal an IX (29). Heureusement Bonaparte était au pouvoir et l'ordre renaissait en France avec la paix religieuse.


dernière modification : 3 novembre 2001

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