Une HISTOIRE DRÔLE ?

 

Il s'agit d'un extrait de L'AVENIR de la MANCHE, deuxième année, n°32, samedi 20 avril 1872, 10 centimes le numéro. Ce journal était perdu au milieu de documents notariaux chez Mamie Simone, ma grand-mère. La généalogie mène à tout...

 

TRIBUNAL de COLOGNE

n homme cuit au four, tel est l'étrange incident qui vient d'avoir son dénoûment devant le tribunal de Cologne.

Il paraît que le 23 octobre de l'année dernière, la maison du paysan Franz Bucher était déserte ; toute la famille était allée travailler dans les vignes ; seul, le père de Bucher, âgé de soixante ans et perclus de rhumatismes, était resté au logis.

Le bonhomme avait l'étrange habitude de faire sa sieste... dans le grand four à cuire le pain ! Il ne manqua pas de s'y glisser cette fois, et de s'y endormir ; il y faisait toujours assez chaud, le four étant construit au-dessus du foyer.

Vers le soir, Anna, la servante, rentra pour préparer le souper, alluma le feu, et apercevant le vieux dans le four, lui recommanda d'en sortir, en lui disant que bientôt il y aurait trop chaud.

Mais celui-ci. loin d'obéir, se retira tout-à-fait dans le fond du four, et retint des deux mains la porte de fer.

La servante crut que la fumée et la chaleur l'en chasseraient bientôt, et continua à faire la cuisine.

Les gens de la maison rentrèrent, on soupa, et vers dix heures, surpris de l'absence prolongée du vieux Bucher, ils firent des recherches dans toute la maison.

n peut se faire une idée de la consternation du fils, lorsque, guidé par un singulier pressentiment, il ouvrit le four et y trouva son père à l'état de cadavre. Les vêtements étaient intacts, mais la peau était complètement bronzée, et lorsqu'on la toucha, elle s'enleva par lambeaux.

L'autopsie révéla que les muscles se trouvaient à demi-cuits, et que le vieillard avait dû être asphyxié tout d'abord.

Anna Mohr, la servante, a été mise en accusation et jugée à Gratz, la semaine dernière. Elle déclare qu'en travaillant, elle avait complètement oublié le vieillard.

Le juge. - Arrivait-il souvent qu'il se glissât dans le four ?

L'accusée. - Continuellement ; il fallait parfois l'en chasser à coups de fourche.

Le juge. - Vous eussiez cependant pu dire à la famille que le vieux s'était introduit de nouveau dans le four.

L'accusée. - J'en demande pardon à M. le juge, mais j'étais fiancée alors, et dans cet état-là, on est toujours distraite et oublieuse.

Vu les circonstances atténuantes, Anna Mohr n'a été condamnée qu'à vingt- quatre heures de prison.

 


dernière modification : 3 novembre 2001


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